Je ne pensais au aucun cas devoir en arriver là mais écrire s’avère nécessaire, je le crains.

Pour mon bien tout d’abord, ma santé mentale, même si je suis en sursis ici, à Raven. Ensuite pour ceux qui se relèveront du joug de Manaka un jour ou l’autre. A vrai dire, je ne me souviens plus de grand-chose avant le renversement de pouvoir du royaume ; d’où l’intérêt d’inscrire sur papier les bribes de souvenirs ou cauchemars qu’il me reste en mémoire. Etre encore de ce monde est déjà en soi un miracle en ce qui me concerne mais j’y vois un signe du destin. Ce signe, je me dois de l’honorer et survivre sera désormais ma priorité.

 Je ne sais même pas par où commencer … Ah oui cette envie irrépressible de savoir, me rappeler à mes bons souvenirs comment nous avions pu en arriver à ce point. Je veux dire, avez-vous connaissance du taux de probabilité qu’un homme réussisse à survivre à ce qui ressemblait fortement à un holocauste ? Autant que je peux en juger, je dois être le seul ou tout du moins un des rares ayant eu la « chance » d’avoir survécu à la grande guerre.

Je me  souviens donc de ce réveil si lourd, si profond. Ouvrir les paupières dans ce noir, significatif des ténèbres qui régnaient désormais au sein de Raven, la gorge encombrée de poussière, de débris d’éboulis de ma propre maison dévastée … Je ne compris pas tout de suite ce qu’il m’était arrivé et j’en déduis aujourd’hui qu’avoir été enseveli vivant sous les décombres m’avait sans doute sauvé la vie. Une renaissance loin d’être glorieuse. Tout mon être était anéanti, dévasté par, me semble-t-il l’éradication pure et simple des hommes au sein du Royaume de Decay (DK).

DK - Dead Kingdom.  Les initiales correspondaient parfaitement à cette ville meurtrie au plus profond d’elle-même désormais mais Manaka avait réussi l’impossible et régnait désormais implacablement sur le royaume de tout son charisme inébranlable.

Manaka, la déesse … Manaka la prophétesse.

 J’étais un homme comme les autres mais je ne suis plus rien, ici. Et je tremble en me confiant de cette manière bien qu’au fond de moi-même un semblant d’espoir illumine ma conscience.  Ses quelques lignes sont décousues j’en conviens mais j’en suis à me demander si je vais pouvoir subsister seul, à la merci de ses ruines et cette désolation exécrable, intolérable.Je suis dans l’incapacité de manger quoi que ce soit pour l’instant. Mon corps me l’a rappelait expressément toute cette longue journée de souffrance … Tout n’est que rejet à cet instant, mais c’est je suppose, pour mieux me faire comprendre que la vie m’est d’autant plus précieuse et que cette seconde chance, celle d’être un véritable miraculé au sein de Raven, signifie beaucoup de choses.

Ce premier jour était donc synonyme de découverte ou redécouverte de mon propre moi, de mon subconscient, mes instincts, mes douleurs, mes cris et ma rage infinie.Emmagasinant des forces insoupçonnées, je luttais vaillamment pour me sortir de ce cercueil de pierres, là où j’étais littéralement enseveli. Hurlant comme un damné, je poussais une à une les pierres, lourdes comme jamais pour respirer un air qui semblait vicié … Raven, la capital du royaume de Decay semblait ravagée. Je réussis avec énormément de difficultés à me relever tout en respirant bruyamment. Tout à ce moment-là me pris à la gorge : ce réveil insoupçonné, inattendu et tout ce qui en résultait. Mon corps, ma tête, mon esprit, ma maison, cette ville … tout cela était parti en fumée pour revenir de plein fouet maintenant. La vie en avait décidé autrement de ma personne, et sur mes 2 jambes frêles je ne croyais tout simplement pas à ce qui m’arrivait.

Comme je l’écrivais précédemment,  mon enveloppe corporelle rejetait en bloc ce renouveau et longuement je dû patienter afin que cette dernière puisse ré apprivoiser cet environnement hostile.Assis contre l’un des rares murs encore debout, je découvris lentement autour de moi l’étendue des vestiges des différents baraquements aux alentours. Raven n’était plus que la conséquence de la violence engendrée par les affrontements violents entre les disciples de Manaka et les « misérables »,  les derniers hommes encore valeureux, fous pour oser rivaliser avec elles.

Je pleurais, de tristesse me semble-t-il à moins que ce ne soit de honte pour eux, pour nous … pauvres hommes que nous étions.    

 Justice fut rendue par la victoire de Manaka et de son armée en annihilant la cruauté des hommes en ce royaume perdu par leur fourberie intemporelle mais la résistance, opérée secrètement avait jaillie et explosée en renversant le pouvoir détenu par les hommes depuis trop longtemps. Une victoire écrasante à tout point de vue, gagnée dans le sang et de la main même de l’image incontestée du renouveau du royaume. Cela, je le savais plus que tout mais il faut croire qu’un homme tel que moi, sans doute le dernier ici, à Raven, serait maintenant l’objet de convoitise ou à défaut, être recherché.

La nuit tombant rapidement, une vie sauvage et implacable reprenait ses droits dans la capitale.

Je devais me reprendre rapidement si je tenais à honorer cette deuxième chance de vivre, ou survivre.