Contre toute attente, je m’étais endormi par ne je ne savais quel miracle alors que le jour commençait à se lever.  Courbaturé, mon corps semblait subir le contre coup de l’attaque de la nuit dernière. Je ne me croyais incapable d’une telle violence mais les instincts les plus primaires avaient ressurgi lorsque j’avais découvert cette photo encadrée de mon épouse aujourd’hui vraisemblablement disparue. Mon amour …

Le cœur battant à tout rompre cette nuit-là, je sentis l’étreinte mortelle de l’agresseur au niveau de mon cou alors qu’au même instant, Raven sonnait de ses cloches antiques, celles de la cathédrale me dis-je  … Ce cirque m’avait semblé durer un temps infini alors que l’on m’agressé au même moment.Sous la pression, j’avais lâché immédiatement la photo tout en essayant de balbutier des borborygmes incompréhensibles, idiot que j’étais.J’étouffais, et dans le noir absolu, sans repères et dans une panique relative, il était évident que j’allais crever et plus vite que prévu. Mais c’était ce corps qui ne répondait pas, ou plutôt dans un flou artistique total, cherchant cette satanée barre de fer à mes côtés tout à l’heure. Non, tout s’arrêterait là… et l’acharnement des geints de mon agresseur s’insinuait en moi comme dans un cauchemar. Paradoxalement, ma haine accumulée aurait tuée sur place l’individu si j’avais agir avec ma pensée … Cette haine qui resterait gravée en moi une bonne fois pour toute, alimentée maintenant par un but ultime, une véritable raison de revivre.

Dans l’environnement résonnant des palabres des badauds de Raven, je réussis avec force et courage à arracher  un hurlement étranglé ainsi qu’une pierre volumineuse du mur de là où j’étais adossé. L’affrontement ne fût finalement l’affaire que de quelques minutes … Animé d’une envie incontrôlée de vivre et d’une rage sans commune mesure, en me penchant en avant et forçant la pression de l’individu qui me tirait en arrière, un flot de sang gicla de mon cou par la traction du poids de mon agresseur, hoquetant de surprise ! Puis ce dernier bascula pour atterrir devant de tout son poids. Je n’avais qu’une seule envie à ce moment : tuer, trucider. Et ce corps prit de plein fouet tout ce flot d’accumulation de terreurs, de pulsions, de frustrations. Sans réfléchir, à l’aveugle, je me jetais vers cette masse humaine puis percuta de toutes mes forces, comme un sauvage, ma lourde pierre que je tenais toujours d’une main …

 Et les coups ne s’arrêtèrent que lorsque la pierre se brisa …

 Mon crâne et mon corps résonnaient encore de cette première nuit cinglante au sein la capitale en ruine. Je me réveillé, endolori, aux côtés d’un cadavre, un corps en charpie. Il s’agissait d’une adolescente visiblement mais je me refusais de m’apitoyer sur ce que je venais de faire. Je savais également, je le sentais, qu’il s’agissait d’une épreuve et j’en étais sorti vainqueur et cela se saurait désormais dans le quartier. Le glas des cloches gothiques de la cathédrale de Raven avaient sonné cette nuit, me rappelant à mon souvenir qu’elles étaient significatives de la présence divine de Manaka partout dans la ville. Au même titre que cette photo représentant mon épouse, les cloches vindicatives me rappelaient enfin le symbolisme de la libération du royaume par les femmes menées par Manaka qui, sur les terres mêmes de la capitale, au pied de la cathédrale, comme le relataient les tables de loi Manaka :

 « Le basculement historique du pouvoir détenu par les seigneurs déchus eut lieu lors du dernier coup donné par Dame Manoya Akay d’une main ferme, l’autre tenant la tête du dernier infâme à Raven, sur les vestiges même de la Cathédrale, au nom du renouveau du Royaume de Decay.  Au lever d’une lune répertoriée pleine, en ce soir libérateur, à exactement 23h10 avant le zénith lunaire, Dame Manoya Akay devint la force libératrice d’une nouvelle ampleur et dès cet instant, il fut consigné que chacune des personnes du royaume devrait allégeance et respect en se soumettant à une litanie incantatoire commune à cette heure très précise … »

Au levé d’un jour nouveau, je me redressais pour regarder ce soleil qui inaugurait pour moi enfin un départ, une quête afin de faire connaître de manière ou d’une autre l’existence de l’un des derniers seigneurs déchus, sans doute, en ce royaume. Il me faudrait coûte que coûte reprendre mes droits, et là où je résidais auparavant, dans les bas quartiers de Raven, les vestiges qu’étaient autrefois le peuple du royaume, je saurais retrouver la foi et acquérir les éléments pour former une nouvelle révolte.

Enfin, je l’espérais.