Des seigneurs déchus … nous étions des hommes, tout simplement. Je laissais derrière moi le corps pourrissant de ma victime pour sortir et fouler le sol de Raven. Un vent insidieux soufflait en permanence dans les rues désertes et je mis une main en visière pour mieux constater les ravages d’une guerre sainte initiée par Manaka. Je déglutis nerveusement et sentis une boule dans mon estomac. Des réminiscences de souvenirs revenaient en moi mais je les rejetais en bloc pour le moment. Je préférais me concentrer sur mon objectif premier : profiter du jour pour chercher les premiers contacts ainsi que retrouver ma femme, plus que tout  … si elle était toujours vivante.

J’écrasais vivement une larme sur ma joue pour fixer quelques mètres à ma droite, de l’autre côté de la rue dépravée un bâtiment que je connaissais bien.Sur mes gardes, je fis un rapide mouvement circulaire pour constater le vide apparent de là où je me trouvais avant de marcher à pas feutrés. Je me sentais, tel un véritable intrus, dans une espèce d’arène, vide fort heureusement et je pressai mes foulées pour rejoindre l’autre côté de la rue.

Le soleil s’immisça parmi les nuages et ses rayons ne m’empêchèrent pas de ressentir un frisson monumental parcourir mon échine. Nerveux, je me sentais épié. Le danger était partout et une barre de fer pour toute arme ne suffirait pas et je me devais de trouver une personne pour connaître les tenants et les aboutissants actuels de la situation dans laquelle je me trouvais.

Arrivé près du baraquement fermé de mes anciens voisins, je vis planté dans un des murs de ce dernier une longue tige de métal. Surpris, je saisis cette dernière et tira dessus, en vain.Celle-ci ne bougea pas d’un centimètre et à y regarder de plus près, la tige était exactement la même que celle que je possédais. Cette dernière semblait bel et bien plantée dans le mur traversé du baraquement et dans un souffle je retournais devant le semblant de porte qui bloquait l’entrée.

Mâchoire serrée, je posais mon arme de fortune pour prendre de l’élan et fonçait plus déterminé que jamais dans cette porte ! Un vacarme de tous les diables retentit à ce moment-là ! Et je me tenais l’épaule gauche dans un rictus, une douleur atroce se réveilla … comme ses jappements monstrueux émergeant à l’intérieur de bâtisses situées en face à quelques mètres ! Mon cœur se mit à battre frénétiquement … tout n’était donc pas mort à Raven. Je me retournais vivement vers ces jappements qui m’avaient glacé le sang. A en juger par les grondements, il s’agissait de créatures d’une taille relativement conséquente. Quelque chose m’agrippa soudain derrière moi ! Sans rien ne pouvoir faire, je me raidis sur le champ pour être entrainé et tiré par la porte que j’avais partiellement défoncée, à l’intérieur du bâtiment  …

«  Par Manaka, taisez-vous je vous en supplie » fit en susurrant une jeune femme que je reconnaissais à peine dans la pénombre. Sa main sur ma bouche, je vis ses yeux roulaient dans leurs orbites, elle était totalement morte de peur. Elle me fixa, comme impatiente, implorant mon silence.

«  Vous me le promettez ? Les Hurleurs sont là … » fit-elle en sanglotant soudain. Totalement sous le choc, j’acquiesçais par réflexe et elle lâcha son emprise pour se précipiter sur la porte et pour la refermer du mieux qu’elle le pouvait en vitesse.

« Aidez-moi par pitié, si vous voulez ne pas mourir » ajouta Leïla car il s’agissait bien de la jeune fille que je connaissais. Je connaissais ses parents, des amis, Jonas Drexler plus particulièrement, il … Coupé net dans ma réflexion, dans l’entrebâillement de la porte, je vis l’horreur absolue apparaître devant moi. Il émergea à l’extérieur plusieurs créatures d’allures canines au premier abord mais dotées d’une musculature impressionnantes et d’une gueule démesurée ! Elles déambulaient ensemble, manifestement en train de chercher. D’un bond, je me mis debout et sans réfléchir, en faisant abstraction des élancements douloureux, je me précipitais près de Leïla en trébuchant … manifestant le regard desdites créatures à la recherche d’une mort certaine.

L’un d’elle me fixa soudain et resta plantée, les yeux injectés de sang puis dans un laps de temps qui me paru interminable elle eut un rictus, un sourire j’en suis certain et elle se mit à hurler à la mort !!! Un son insoutenable qui déchira le silence ambiant, malsain. Leïla redoubla d’efforts à cet instant alors qu’elle s’effondra nerveusement, les larmes de désespoir coulèrent et je me mis en branle pour l’aider frénétiquement. Le souffle court, dans un terrible effort précipité, la porte se remit en place avec plus ou moins de subtilité alors que derrière j’entendais la course effrénée de ses créatures venues du tréfonds des enfers.