Chaque seconde comptait et dans ce cauchemar pourtant bien réel, je me vis instinctivement prendre de force cette espèce de tige de métal manifestement planté dans le mur et traversant dans ce qui semblait être maintenant qu’un corps humain décomposé et donc empalé … D’emblée, j’avais déduit qu’il s’agissait du père de Leïla alors que j’entendais de manière lointaine sa voix … Les « Hurleurs » étaient là avait-elle soufflé tout à l’heure. Au dehors, une cavalcade, une charge tonitruante venait à notre encontre … Cris, jappements féroces, pulsions meurtrières et sauvages se manifestaient tellement qu’en l’espace de quelques secondes mon instinct de survie se réveilla violemment !

Je saisis la tige, le corps en décomposition tomba au sol dans un bruit mât, et la planta en travers contre la porte pour la bloquer avant de déguerpir. Je sentis la main de Leïla dans la mienne et elle m’emmena aussi vite que possible alors qu’un bruit assourdissant se fit entendre ! La poussée de la meute, tellement violente, fit traverser la tige à travers la porte pour se planter littéralement dans la gueule d’une des créatures qui hurla à la mort, dans un cri de douleur atroce. Le souffle haletant, nous avancions dans les dédales du bâtiment à vitesse grand V.

 « Vite … » fit Leïla en accélérant le pas  « La cave … »

 Je la suivie sans broncher, elle savait où elle allait, et connaissait les lieux mieux que personne, je le supposais.

La mort était à nos trousses et j’imaginais qu’une nature, sauvage, avait repris ses droits ici, au sein même de Raven. Des questions, par centaine, se bousculaient dans mon esprit mais il fallait à tout prix échapper à cette horde de monstres sauvages. Les hurlements continuèrent de plus belle derrière nous mais visiblement ceux-ci s’éloignèrent au fur et à mesure de notre fuite en avant. Le souffle court, je commençais sérieusement à flancher tandis que Leïla me tirer toujours plus fort en avant. Alors qu’une pointe de côté me cassa littéralement en deux, je réussis à éructer quelques mots :

« Leîla … arrête-toi je t’en supplie »

Elle ne détourna pas son regard, pas un seul instant.

« Pas avant d’être dans la cave. C’est votre faute si nous en sommes là … » me lança-t-elle alors que nous arrivions en pente douce vers des éboulis, cachant manifestement un abri ou quelque chose du genre.

Enfin, elle lâcha son emprise puis me dévisagea, gravement. Ce n’était plus la même. Une colère noire l’animait visiblement, ses yeux ne trahissaient guère qu’une sensation éperdue d’une jeune fille en proie avec elle-même et confrontée à un environnement hostile.

Des larmes coulèrent sur son visage …« aidez-moi à enlever ces pierres, vite … » fit-elle avant de s’activer furieusement.

Essoufflé, je me mis à l’observer, silencieux puis enfin j’osais l’aborder

« Il s’agissait de ton père ? Le cadavre de tout à l’heure ? » Fis-je la mâchoire serrée.

Leïla me tournait le dos. Je la vis décupler ses efforts en jetant violemment les débris, elle sanglotait …

« Leïla … »

« Il doit maintenant certainement faire l’objet de toute l’attention des hurleurs … » dit-elle sèchement tout en continuant. Un de ses bras essuya son visage.

« Je suis … désolé » fis-je, les yeux rivés vers le sol.

« Vous pouvez l’être, cela n’arrangera rien dans l’estimation de nos chances de survivre ici si vous ne faites rien qui puisse nous sortir de là » enragea-t-elle soudain.

« Très bien, j’ai compris » répondis-je tout en m’approchant d’une masse rocheuse qui bloquait l’accès à une ancienne cave, abri de fortune et improvisé visiblement.

Dans un terrible effort, je réussis à déplacer la roche alors que Leïla s’engouffra dans l’abri sans attendre, plongé dans le noir. Et tandis que je remettais en place le rocher devant l’entrée, je me vis replonger dans les ténèbres, m’enterrant de nouveau pour mieux, je l’espérais, y voir un peu plus clair dans mon esprit.  J’entendis les pas vifs de Leïla dans l’espace environnant pour qu’au bout de quelques minutes, j’entendis gratter non loin de moi. Une faible lueur apparue, une bougie faisait son office, éclairant ce qui était un véritable nid, un bunker improvisé pour jeune fille perdue. Leïla courrait à travers la pièce dans un silence absolu pour éclairait la totalité des bougies présentes. Elle finit par la dernière située à ma gauche, près de l’entrée puis toujours sans mot dire, elle se jeta sur moi si fort !

Hoquetant de surprise, je me pris à me laisser faire. La jeune fille m’entourait de ses bras alors qu’elle se laissa aller, laissant son dévolu, enfin … sur une personne qui comme elle pensait être seul ici dans cet enfer.

Sa tête contre mon abdomen, je sentis une boule singulière dans ma gorge monter. Moi aussi, je n’y croyais plus.

 « Je suis content de te voir Leïla … » fis-je, la voix éreintée par une tristesse infinie.

« Moi aussi … je vous attendais »